Les Galapagos, El Dorado de la liberté du 20ème siècle

Quel est donc ce chapelet d’iles posé sur l’équateur qui attira des colons norvégiens au début du vingtième siècle et qui fascina tant de circumnavigateurs ?
Oui il y eut également le savant Darwin et le Beagle qui accostèrent il y a plusieurs siècles mais ce n’est pas de ça dont je veux parler. Je veux m’attarder sur ce que j’appellerai un El Dorado de liberté. Il s’agit d’une période qui a débuté il y a moins d’un siècle et qui s’est peu à peu étiolé avec la fin du vingtième siècle.

Carte des Galapagos relevée par Le Toumelin dans

Carte des Galapagos relevée par Le Toumelin dans « Kurun autour du Monde »

Pourquoi donc trouver des norvégiens perdus au milieu du Pacifique sur ces iles enchantées (los encantadas) ? Est-ce du à un accord signé entre la mystérieuse Compañía Suizo-Escandinava et le gouvernement équatorien à la fin du 19ème siècle ? Est-ce du aux lois mises en place par le gouvernement équatorien de l’époque, lois dites “Ley Especial de Galápagos” de 1885 ou encore Ley de Colonización del Archipiélago de Colón” de 1913 (au passage, on note que l’archipel a changé de nom) ? Est-ce du au livre de William Beebe, Galapagos World’s End”, Best-Seller en Norvège à sa sortie en 1923 ? Est-ce suite à l’échouage du clipper norvégien Alexandra rempli de charbon qui faisait la ligne depuis l’Australie jusqu’à Panama ? Le clipper s’échoua après des mois de lente dérive sur les rives d’Isabella. Ce fait fit longtemps la une de la presse norvégienne.
Un livre, “Drømmen om Galapagos” de Stein Hoff, retrace la vie de ces premiers norvégiens.
A quel rêve s’accrochait ces solides norvégiens ?
Est-ce le même rêve qui poussa mes navigateurs préférés à faire escale à Wreck Bay ou Academy Bay tout au long du 20ème siècle ?
A la fin du 19ème siècle, le percement du canal de Panama projeta à la lumière Los Encantadas sur la route du soleil à la sortie du canal. Cette nouvelle route maritime faisait des Galapagos l’escale idéale vers les Marquises puis le reste de la Polynésie. Il y avait ceux qui étaient pressés d’arriver dans les «iles» et qui traçait la route au plus court et quelques uns plus curieux qui se souvenaient de cet archipel posé sur la ligne au passé étrange mâtiné de Darwin et de Moby Dick.
Voyons quelles seraient les raisons de s’arrêter dans ces iles quasi désertes.

Est-ce la faune extra-ordinaire qui ne se trouve que la-bas ? Plusieurs dizaines d’espèces uniques qui n’existent que sur ces quelques iles dont
• les tortues terrestres géantes qui ont données leurs noms aux Galapagos,
• les iguanes marins (Amblyrhynchus cristatus), Christian Züber sera le premier explorateur à rapporter le film d’une iguane marin en train de déposer ses œufs (comme le font les tortues) dans le sable sur l’ile de Fernandina.
• ou encore les iguanes terrestres (Conolophus subcristatus)  avec leurs faux airs d’Iggy Pop.

Iguane marin et Iguane terrestre, 2 espèces endémiques des Galapagos

Iguane marin et Iguane terrestre, 2 espèces endémiques des Galapagos

Qu’est ce qui caractérisait les Galapagos du début du 20ème siècle ? Une terre magnifique, des habitants pauvres comme le note Gerbault lors de son premier passage en 1925. C’était encore le cas en 1950 lors de l’escale de Le Toumelin. L’archipel cherchait en vain à valoriser son patrimoine depuis la fin du 19ème siècle. Il n’était pas encore auréolé de son inscription au  «patrimoine de l’humanité» par l’Unesco et ne connaissait pas le tourisme de luxe qui s’y est développé depuis. Il n’était pas non plus à l’époque un parc national, il l’est seulement depuis 1998.
Pauvre s’entend dans le sens «capitaliste» de notre époque. Car en fait, ces habitants étaient riches, très riches. Riches de cette terre luxuriante au climat idéal comme le souligne Le Toumelin, jamais malades tant celui-ci est bon. Combien d’extraits émerveillés de récits de navigateurs pourtant habitués aux grands espaces et à la liberté témoigne de cette richesse ? “.…Je conserve un souvenir inoubliable de cette visite. Nous étions si loin de la vie moderne! Quel silence! Quelle paix! Quel décor! un sentiment d’éternité…” J.Y. Le Toumelin dans “Kurun autour du Monde”.
Riches d’une eau poissonneuse, du gibier à volonté, chèvres, porcs et bœufs retournés à l’état sauvage, d’une végétation généreuse dès les premiers reliefs, des fruits tropicaux dont la délicieuse goyave des Galapagos. Riches d’une vie simple et naturelle.
C’est bien cela que ces pionniers de la vieille Europe industrielle, étaient venus chercher dans ce nouvel El Dorado. Ces pionniers sentaient venir la guerre mais aussi les affres d’un monde dirigé par l’argent. Ils cherchaient une terre nouvelle, isolée du monde, pour faire table rase d’un passé sans avenir et pour vivre en se laissant guider par leurs rêves. Il ne pouvaient trouver lieu plus accueillant que ces iles au milieu du pacifique.

Les Fameux «Robinsons» des Galapagos

Est-ce ces fameux «Robinsons», héritiers des premiers colons européens, qui par la suite piquèrent la curiosité des circumnavigateurs ? On sait que Moitessier avait une attirance pour ce type d’ermite. Il visitait régulièrement Tom Neale dans son repère perdu des Iles Cook. Est-ce cela qui l’attira dans l’archipel ?
Combien de ces ermites, seuls ou en famille, vivaient paisiblement aux Galapagos? Certains connus et courrus, d’autres totalement inconnus coulèrent des jours paisibles sans la moindre visite. Les plus fameux reçurent la visite de nombreux marins de passage, en voici un petit florilège.

Les Guldberg unis à la famille Cobos, grands propriétaires de l’île San Cristobal. La jeune Karin Guldberg fraîchement débarquée de Norvège épousa Don Manuel Cobos fils, équatorien fraîchement rentré au pays suite à ses études en France. Les Cobos accueillirent de nombreux navigateurs. Don Manuel n’hésitait pas à lancer dans de grandes chevauchés sur des chemins escarpés à se casser le cou, les navigateurs à peine descendus à terre.
Rencontré sur les hauteurs de San Cristobal, un estonien. En 1925, Alain Gerbault, lors de son escale, part dans une chevauchée échevelé avec Don Manuel Cobos. Il relatera en ces termes cette entrevue dans l’Évangile du Soleil:

«…Là, un homme nu jusqu’à la ceinture débroussaillait un taillis à coups vigoureux de machette. Ses cheveux longs tombaient en boucles blondes sur ses épaules ; sa peau était brunie et dorée par le soleil. Ses jambes étaient enveloppées de bandes de toile à la mode du pays. Il respirait la santé et la force. « Rosso », un Russe, me dit mon guide. L’homme s’avança vers moi et me salua en français, puis il s’excusa d’avoir perdu l’usage de cette langue et notre conversation se poursuivit en anglais. Je fus presque immédiatement surpris de la pureté de son anglais, et cependant la dureté de certaines consonnes trahissait son origine slave. Je m’attendais à entendre l’anglais des ports et des matelots et non pas celui d’un gentleman élevé à Oxford ou à Cambridge…J’étais content et surpris de rencontrer dans l’île une personne de sa culture et de son érudition. L’entretien dura près d’une heure entre le philosophe de la mer et celui de la brousse. Je lui exposai les raisons de ma croisière et du genre de vie que je me suis choisi et comment et par quels moyens différents nous trouvions le bonheur dans une vie éloignée de la civilisation et proche de la nature…»

Livre sur la famille Angermeyer

Livre sur la famille Angermeyer

Carl Kübler (Don Carlos) et Les Frères Angermeyer installés sur Santa Cruz dans les années 1930. Carl Kübler était vraiment ce qu’il est raisonnable d’appeler une force de la nature, endurant, doté d’une force physique exceptionnelle comme herculéenne. Plusieurs témoignages que je cite plus loin, ont rapporté «ces travaux». Il était le colon typique de ces années-là, bâtissant son idéal à la force de ses bras.
Les trois frères,  Gusch, Karl, et Fritz Angermeyer avaient été envoyés par leurs parents depuis l’Allemagne  sentant l’imminence de la seconde guerre mondiale.  Les parents restés en Allemagne furent tués pendant la guerre. Gusch ou Gus marié à une équatorienne eut un fils Johnny. Karl maria Marga Kübler, la femme divorcée de Carl Kübler. Le troisième, Fritz, épousa la fille de Kübler, Carmen.
Kübler disparu dans d’étranges conditions. Ses restes furent retrouvés longtemps après sa disparition dans une espèce de grotte avec quelques effets personnels dont, son revolver connu de tous pour sa magnifique crosse en nacre.
Christian Züber, à la fin des années 50, rencontre les deux familles norvégiennes voisines de l’arrière pays de Santa Cruz. Il s’agit des Horneman et des Kastdalen. Leur histoire est mentionné dans Drømmen om Galapagos. Züber constate la difficulté des enfants de migrants à trouver l’âme sœur. Alf, le jeune Kastdalen, est épris de la fille Horneman, la seule jeune fille alentour. Cependant cette dernière est partie avec un yachtman de passage, d’autant plus que c’est Alf qui les avaient présentés ! Christian a, pour sa part, rencontré la sœur de Alf.

Dans les années 1930, l’ile de Floreana va être le cadre d’une bien curieuse aventure. Les rôles principaux sont tenus par le docteur allemand Ritter résidant dans l’arrière pays de  Floreana avec sa compagne et ses enfants. Les Ritter sont souvent décrits comme une famille de sauvages vivant nus toute la journée. Ils vivaient en fait simplement du travail de la terre, profitant des richesses de la campagne environnante. Le docteur mourut soudainement quelques années plus tard. Margret Wittmer est également une migrante illustre installée sur Floreana. Sur Floreana, le personnage le plus extravagant est certainement la baronne de Wagner-Bosquet. Son histoire a été maintes fois comptée sous toutes les coutures et dans toutes les gazettes. Sa vie délurée en Europe, son arrivée aux Galapagos avec ses deux ou trois amants, son ambition de construire un immense centre hôtelier. S’en suit une série de meurtres et de disparitions. C’est précisément cette histoire rocambolesque et les récits autobiographiques de Margret qui inspirèrent à Georges Simenon le roman exotique, dit dur,  Ceux de la soif. Cette aventure médiatisée reste pour moi un épiphénomène dont la toile de fond fût l’ile de Floréana comme le serait un grandiose décor de théâtre.

Des CircumNavigateurs de Passage

Gerbault 1925, 1933

Alain Gerbault fit un premier passage au Galapagos en Juillet 1925 sur l’ile de Santa Cruz avec son Firecrest. Cette escale était contemporaine à la grande période d’immigration norvégienne. Puis un deuxième en 1933 avec son nouveau cotre norvégien éponyme nommé «Alain Gerbault», un peu plus court et plus fonctionnel que le Firecrest. Beaucoup de gens pensèrent qu’Alain Gerbault donna son nom à son deuxième bateau par mégalomanie. En fait, il n’en est rien. Il avait fini par donner ce nom à ce bateau pour ne pas être spolié comme il l’avait été avec le Firecrest. En effet le nom Firecrest avait été exploité par des personnes sans lui en avoir demandé la permission. C’est Eric Vibart qui souligne cette erreur beaucoup colportée qui ne faisait qu’ajouter à la mauvaise réputation du navigateur.

Le Toumelin 1950

J.Y. Le Toumelin que j’ai déjà abondamment cité, a couvert d’éloges les iles et ses habitants. C’est avec plaisir que j’ajoute aux précédentes citations, les quelques perles qui suivent.

«…A la différence de Puerto Chico, la population d’Academy Bay est plutôt européenne. Il ne s’agit du reste que de quelques familles. Un charme tout particulier se dégage de ce groupe humain qui, dans un certain sens, me semble peut-être le plus évolué que j’aie rencontré dans toute ma croisière. Il y a là une atmosphère de paix, de cordialité, d’entente, de santé, de force des plus édifiantes. Ces gens venus de divers coins d’Europe eurent pour mobile commun le goût de fuir une agitation  malsaine et de chercher une île où vivre selon leur cœur

…A Academy Bay, nous connûmes surtout les trois frères Angermeyer. Ils avaient quitté l’Allemagne plusieurs années avant la guerre pour s’établir aux Galapagos. Primitivement, ils étaient cinq, tous de vrais marins, et possédaient de beaux voiliers dont je vis les photographies. Deux étaient morts. Les survivants étaient de solides gaillards aux beaux et francs visages qui eussent fait les vedettes rêvées de quelque film d’aventures; mais leur vie même était une aventure, vraie celle-là et plus belle que celles qu’imaginent cinéastes et romanciers…»

Au sujet de Kübler,

«…Cet homme est une force de la nature. A plus de soixante ans, il eut été capable d’étrangler un bœuf comme en se jouant. Sa santé de fer n’était nullement altérée par un appétit pantagruélique…
…Naturellement Kübler avait construit sa maison tout seul. Il y avait travaillé longtemps, mais il faut reconnaitre qu’il était parvenu à un beau résultat. Personne, au su des autres habitants, n’avait jamais pénétré dans cette maison plus loin que la grande pièce d’entrée, à multiples usages. Au delà régnait le mystère. Je tentai moi-même d’aller plus loin, mais je sentis tout de suite qu’il n’eût pas été de mise d’insister dans cette voie…
…Le plus curieux du domaine de Kübler était ce qu’il appelait son musée. C’était, sur le devant de la maison, une sorte de terrasse aux allées ratissées. Là s’étalait un assortiment bizarre de coquillages, de carapaces de tortue terrestres et marines, de vertèbres et d’imposantes mâchoires de baleines, sans compter bien d’autres trophées dont la description pourrait être osée…»

On aurait aimé en savoir plus au sujet des trophées. Au sujet de Kübler, J.Y. Le Toumelin mentionne une grotte secrète que Kübler aurait du lui faire visiter, peut-être s’agit-il de la grotte où il fut retrouvé mort.

Gorsky et les Quatre du Moana 1955

Cinq ans après Le Toumelin, les quatre du Moana revisitent les célébrités d’Academy Bay. Gus Angermeyer et son ainé Johnny viennent souvent à bord. Kübler est toujours le même tout en puissance et en originalité. Un passage du livre de Bernard Gorsky concerne Kübler, je ne peux m’empêcher de le retranscrire tant il est savoureux :

«…Ce que voulait Kübler était le livre de Le Toumelin, Kurun. Il avait appris que nous l’avions à bord et qu’un passage le concernait. Là se posa un délicat problème.
Nous relûmes le passage en question avant de lui  porter le livre. Serge siffla longuement.
– Impossible de lui amener cela ! « Maniaque », « fou dangereux », « sadique ».
– On va lui dire que nous avons perdu le livre.
Mais Kübler, à qui nous apportions Pénélope était du voyage (notre troisième bible après les Instructions Nautiques et Kurun) ne marcha pas.
– On a écrit sur moi tes choses ? C’est très pien, che veux les lire. C’est le lifre du Vrançais que che feux.
Alors, nous le lui apportâmes. Il nous le rendit deux jours plus tard.
– Ch’ai mis tes annotations, che me suis bermis parce qu’il manquais les bremières bages.
Il souriait.
– On a ragonté ces choses au Vrançais, qui les ragonte après, c’est tes pétises !
Tous les termes le concernant étaient marqués de coups de crayon rouge et bleu avec en regard, mantira (faux) ou verda (vrai), et, en tête de page il avait à son tour écrit son appréciation hautement personnelle sur l’auteur, signé « Carlos Kübler, né le … Saint-Amarin, Haute-Alsace »…»

Je donnerai cher pour trouver ce livre et avoir le plaisir de lire les annotations de Kübler.

Bernard Moitessier

Bernard Moitessier est passé par les Galapagos lors de sa première boucle avec Joshua en 1965. Il était accompagné de sa femme Françoise. Son objectif principal était de découvrir la Polynésie, le Pacifique et de naviguer avec son tout nouveau Joshua. Aux Galapagos, il a surtout profité d’un bon mouillage, recommandé par Le Toumelin, sur l’ilot Barrington (Santa Fe). Il a bien entendu fait la visite aux «Robinsons» de Santa Cruz, un petit tour et puis s’en va, pressé de visiter la Polynésie et d’en découdre avec le Cap Horn et ses 14 000 miles sans  escales.

Christian Züber

Plan du Camp Züber à Academy Bay tiré du livre

Plan du Camp Züber à Academy Bay tiré du livre « Galapagos » de Christian Züber

Durant ces années qui allèrent de 1920 à la fin des années 1970, Les Galapagos connurent un age d’or qui pourraient alimenter bien des  scénarios hollywoodiens. Il y a des situations comme celles-ci qui se présentent puis ne se répètent plus. Christian Züber a eu la chance de vivre ces exceptionnelles dernières années et de ramener de précieux témoignage sous la forme de deux livres, «Galapagos» et «L’Archipel des Galapagos», de nombreuses photos et des films. Il est certainement le français qui a le mieux retranscrit cette fin de période dorée. Sa première expédition aux Galapagos remonte à 1959. Alors qu’il était enseignant au Maroc, la passion du reportage et de la photo couvait en lui depuis des années. Il prit la décision de tout plaquer pour partir aux Galapagos pour assouvir sa passion. Il se retrouve alors seul, débarqué sur la jetée d’Academy Bay sur l’ile de Santa Cruz avec son encombrant matériel de reportage.

Christian Züber, photo tiré du livre Galapagos, 1959

Christian Züber, photo tiré du livre Galapagos, 1959

Plusieurs mois durant, Christian Züber va être le témoin de cette âge extraordinaire. Il est la bonne personne, au bon moment, au bon endroit. Il a la jeunesse et la passion avec lui. Les Galapagos sont encore pleines de sauvageries et de beautés primitives, c’est le moment idéal pour arriver et embrasser ce monde isolé. Il comprend tout de suite qu’il est dans un endroit unique qui n’existe nul part ailleurs. Les Robinsons qu’il rencontre à Santa Cruz sont déjà là depuis 20 ou 30 ans, ils n’ont plus cet émerveillement qu’ils ont connu à leur arrivée. Ils en ont souvent beaucoup bavé pour s’installer, à la limite de la survie pendant des années avant d’arriver à construire un petit havre de paix comme l’ont fait les Angermeyer ou Kübler ou le jeune couple De Roy. Bien sur les Robinsons sont comblés par leur vie, ils font un avec leur ile et ça leurs suffit. Züber est neuf et en devenir quand il débarque dans l’archipel. Il va se donner à corps perdu pour sa nouvelle passion. En quelques mois sur l’archipel, il va réaliser une somme de choses stupéfiante. Entre autres, il va filmer des évènements exceptionnels, il va partir plusieurs fois à la recherche des tortues géantes avec son ami Moncayo, il va partir à l’assaut du plus haut volcan de Fernandina, il va se retrouver seul sur un ilot sans eau pendant quelques jours à la limite d’une déshydratation qui aurait pu lui couter la vie.
De tout cela, il en a fait un livre, Galapagos, plein de spontanéité qui a su saisir la quintessence de ce temps merveilleux.

La visite de son ami Guy Clabaud

de gauche à droite, Gus Angermeyer et Guy Clabaud, tiré du livre Galapagos 1959

de gauche à droite, Gus Angermeyer et Guy Clabaud, tiré du livre Galapagos 1959

Durant son séjour sur Santa Cruz, Christian Züber reçoit la visite de son ami Guy Clabaud. Il s’agit d’un ami de sa période marocaine lorsqu’il travaillait à l’éducation nationale. Guy Clabaud s’occupait des activités sportives. Il avait pour rêve de construire un voilier de ses mains et de partir courir les mers. Ce rêve, il le réalisa au moment où Züber quittait le Maroc pour son aventure aux Galapagos. Ils s’étaient alors donnés rendez-vous plus tard dans les iles. Voici qu’un beau matin, alors que Christian Züber vaque tranquillement à ses occupations autour de son campement, il voit entrer dans Academy Bay, l’Eole de Guy Clabaud. J’aimerais dire quelques mots au sujet de Guy Clabaud. Il fait parti de ces circumnavigateurs anonymes, au sujet desquels je glisse quelques mot dans ce billet, qui ont réalisé des navigations exceptionnelles mais dont nous n’avons pas la trace écrite. Dans le cas de Guy Clabaud, je n’ai retrouvé aucune trace de ces traversées de l’Atlantique et du Pacifique, excepté la mention qu’en fait Züber dans son livre Galapagos. Il mentionne notamment qu’il réalise une très rapide traversée Panama – Galapagos (plus rapide que celle de Le Toumelin, note Züber), seul sans moteur sur son Eole de 9m50.

Que s’est-il passé ces cinquante dernières années ?

Que reste-t-il aujourd’hui de toute cette période ? La plupart des descendants des «Robinsons» vivent maintenant du tourisme comme les descendants des Angermeyer qui ont construit une solide entreprise de tourisme. Le petit campement d’Academy Bay est une ville de quelques dizaines de milliers d’habitants: Puerto Ayora. Le bitume a largement remplacé les quelques chemins de terre et l’archipel n’a fait que suivre l’évolution démographique de la planète.

Le rêve du paradis terrestre est bien souvent illusoire et seuls les migrants réellement motivés par un changement radical et dotés d’une force et d’une opiniâtreté bien supérieures à la moyenne réussissent à vivre, sinon un idéal, une vie plus proche de leurs aspirations. Existe-t-il aujourd’hui un El Dorado semblable aux Galapagos du début du 20ème siècle ? Peut-être ne le saurons nous jamais ou peut être comme l’écrivait déjà Constantin Tsiolkovski en 1911, «la terre est le berceau de l’homme, combien de temps l’homme reste-t-il dans son berceau ?»

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A propos guillaume

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5 commentaires pour Les Galapagos, El Dorado de la liberté du 20ème siècle

  1. Quiesse Guy dit :

    Le « Beligou autour du monde » (www.beligou.fr) est passé aux Galapagos – J’étais à bord et j’ai bien fréquenté Gus Angermayer et aperçu Kubler (Don Carlos)…. c’était il y a 50 ans !

    • guillaume dit :

      merci Guy pour ce témoignage, j’aurais tellement aimé rencontrer ces légendes que sont Gus et Don Carlos. Je vais donc aller voir tout ça sur beligou.fr. J’ai déjà rapidement feuilleté ce récit merveilleusement illustré, merci d’avoir mis tout cela en ligne, que d’informations à compulser, sans parler du livre d’or qui semble être une mine d’or.
      J’ai cru comprendre que la mise en ligne de ce projet de récit est très récente, comment vous est-il venu l’idée de réaliser un tel document accessible à tous sur le web ?
      En tout cas merci et de la lecture en perspective…

  2. Damien personnaz dit :

    Billet très intéressant et fouillé, j’y ai appris une foule de choses que j’ignorais. Notamment, cette dynastie de « Robinsons » toujours et encore attirés par des aventures hors du commun…des mortels. Ils en ont bavé, preuve que la vie dans les îles n’est pas toujours facile.

    • guillaume dit :

      Oui comme je le dis dans ce billet, c’est la volonté de vivre selon leurs aspirations qui leur a donné la force de surpasser les difficultés. Et je me pose indéfiniment la question, est-ce que je les envie, est-ce que je ne les envie pas ?

  3. Ping : Naviguons avec mes Circumnavigateurs préférés | Soyons Sport

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