Y-a-t-il encore des Loups en France ?

Loup Gris, Canis Lupus, photo Chris Muiden at nl.wikipedia

Loup Gris, Canis Lupus, photo Chris Muiden at nl.wikipedia

Y-a-t-il encore des loups en France ? Ou plutôt, y-a-t-il encore des loups à l’état sauvage en France ? Parce que, bien entendu, je ne doute pas que quelques loups misérables doivent tourner en cage quelque part dans un  zoo français. Il me semble me souvenir d’un loup au zoo de Vincennes ou d’un autre en liberté surveillée à Thoiry. Mais le vrai loup, le loup à l’état sauvage, celui qui a fait trembler des générations de têtes blondes, celui dont on entend le hurlement lugubre les soirs de pleine lune, existe-t-il encore en France ? Si je vais me promener en forêt, est-ce que je risque de tomber sur un loup ? A la première question, je réponds catégoriquement oui, le loup est revenu en France, à la deuxième, non, sous peine de vous décevoir, vous n’avez quasiment aucune chance de tomber sur un loup au détour d’un sentier. Du moins pour le moment, les choses peuvent changer.
Habitant une magnifique région, dans laquelle le loup s’est naturellement réintroduit, je me suis lancé, par boutade, le défi de traverser une partie du Parc du Mercantour pendant trois jours pour voir si je trouvais trace du loup. A vrai dire, la recherche du loup n’est qu’un prétexte à une magnifique balade dans les vallées du haut pays des Alpes Maritimes. En avant-propos, j’aimerais quand même détailler les péripéties concernant la présence du loup sur notre territoire national.

Extermination du Loup

L’acharnement contre le loup remonte au plus loin dans la mémoire de l’homme. Les deux prédateurs que sont, l’homme et le loup, ont toujours été en concurrence. Il n’était pas rare de tuer plus de 15 000 loups par an au 19ème siècle en France. Au début du 20ème siècle, il restait aux alentours de 200 loups en France. Plusieurs siècles de chasse au loup pour aboutir à l’éradication totale de cette race sur notre sol national en 1937. Officiellement le dernier loup a donc été tué en France en 1937 dans le limousin. Depuis, le grand loup gris, canis lupus, était éteint en France.

Le Loup, le retour

Nous sommes en 1992 dans les montagnes des Alpes-Maritimes. Quelle ne fut pas la surprise du garde du parc national du Mercantour, alors qu’il réalisait un comptage de chamois, de voir dans sa lunette le premier loup observé sur le sol français depuis 55 ans. Il dut certainement s’y reprendre à deux fois, se pincer, pour finalement se dire, oui, c’est bien lui, canis lupus, il est revenu. Quel est donc ce loup qui est revenu de lui-même peupler nos montagnes des Alpes-Maritimes ? Il s’agit d’une race légèrement différente du  loup européen qui peuple l’Europe du Nord et qui peuplait initialement la France. Comme je l’explique sur la carte ci-dessous,

Isolement du canis lupus sur la péninsule italienne - environ -18 000 anscanis lupus a été isolé sur la péninsule italienne lors de la dernière glaciation de Würm, il y a environ 18 000 ans. Il a ensuite vécu et évolué en autarcie dans les montagnes italiennes des Apennins pour former une race très légèrement différente. Elle se différencie génétiquement comme l’explique l’étude suivante, c’est pour cette raison que le nom canis lupus italicus lui a été donné. Morphologiquement, il se différencierait légèrement de canis lupus par une robe tirant plutôt vers le gris brun (plutôt que gris noir), des bandes noires sur la partie frontale des pattes arrières et serait légèrement plus petit et donc moins lourd (en moyenne 25 à 35 kg contre 35 à 45 kg).

Retour du loup, période 1980 - 2010Dans les années 1980, il a été observé dans l’arrière-pays de la Ligurie  italienne puis est passé par les montagnes pour rejoindre la zone montagneuse du Parc du Mercantour. Une fois installé sur le territoire du Mercantour, le loup a continué sa migration comme l’indique cette carte.  Aujourd’hui le loup est bien installé dans toute la Provence et se dissémine rapidement sur le territoire national. Il est signalé  dans le Vercors, en Ardèche, dans les Pyrénées.

Loup et Pastoralisme

Je vais essayer de dépeindre la situation complexe que nous vivons dans le sauvage arrière-pays de la côte d’azur. Cet arrière-pays est traditionnellement un pays habité et vivant, comme je l’indique dans mon billet sur la haute Tinée. C’est comme cela qu’il a toujours vécu. Depuis 1979 et la création du Parc National du Mercantour, les choses ont changé. Le bilan est positif coté protection mais la position parfois rigide de la législation des parcs nationaux n’est pas toujours comprise par les gens qui vivent sur place. Cet espace naturel est vivant, il n’est pas possible de le figer pour que des animaux sauvages le peuplent dans un ballet harmonieux. Le pays doit s’enrichir de toutes ses particularités, sa nature, sa faune, ses habitants, ses traditions et le pastoralisme fait parti de ces particularités depuis fort longtemps. Avoir l’ambition de faire de ce pays un musée de la nature est une attitude dogmatique et technocratique.  Le loup serait-il revenu si le Parc n’avait pas existé ? Certainement, je pense, puisqu’il est maintenant présent dans de nombreux endroits du sud-est de la France qui ne sont pas sous la protection d’un Parc National. Avec le loup est reparu un puissant prédateur qui rend la vie des bergers difficile. Les attaques du loup sont de plus en plus nombreuses. Sa présence dépasse maintenant largement les frontières des parcs et des zones dites sauvages ou montagneuses. Les bergers des Alpes-Maritimes et du Var doivent s’en défendre activement sur tout le territoire de ces deux départements. Les espaces de pâturage aux portes des villes, comme le plateau de Caussol à quelques kilomètres au nord de Grasse, sont attaqués par les loups.
Le loup sait intuitivement gérer son territoire et ses ressources. Lorsque l’adéquation entre la meute et les ressources disponibles sur son territoire ne peut plus assurer la survie de la meute, il s’organise intuitivement pour faire face. Très souvent,  pour parer au manque de gibier, un loup dit «alpha» se détache et tente de conquérir un autre territoire. Bien sur les troupeaux de moutons sont une aubaine. Le loup ne va pas se priver de proies si faciles quand les ressources s’amenuisent. Nous devons maintenant faire face à une situation qui nous renvoie quelques siècles en arrière, à l’époque où le loup était en compétition avec l’homme. Si on se place du coté des bergers, protéger les troupeaux demande un surcroit de travail important. Au lieu de dormir tranquillement dans le pâturage, à la belle étoile, le troupeau doit être parqué tous les soirs dans un espace clôturé. Les bêtes subissent un stress lors du parcage, elles sont dans un espace clos avec moins d’aise pour dormir. La nuit, elles ressentent le loup qui rode autour du parc et qui bataille avec les patous (race particulière de chiens de berger qui défendent les troupeaux) qui parfois veillent toute la nuit sans relâche. Les loups mettent en place des stratégies d’attaque, ils font diversion d’un coté quand d’autres bien organisés se lancent sur le coté opposé alors que les patous ont suivi la première piste. Au matin quand, toute l’agitation de la nuit se calme, il faut à nouveau sortir toutes les bêtes du parc clôturé et repartir pour une journée. Sans compter les attaques qui font régulièrement mouche, des moutons sont dévorés, de nombreux autres sont blessés et d’autres encore subissent un stress qui peut entrainer la mort. Ce travail, seul des bergers très expérimentés et très courageux peuvent l’accomplir. Ce n’est définitivement plus le même métier que celui pour lequel ils avaient opté.
Il est évident qu’une solution de protection et de pastoralisme ne pourra être trouvé qu’en mettant tous les acteurs en dialogue, tout le monde devra y mettre du sien. Le dur labeur des bergers doit être reconnu, comment les aider, je ne peux pas imaginer le Mercantour sans le pastoralisme.

Le Loup du Mercantour de Michel Bricola

Le Loup du Mercantour de Michel Bricola

Michel Bricola est un arpenteur invétéré des montagnes des Alpes-Maritimes. Il les connait fort bien et est lui-même très connu pour avoir écrit des livres et pour être toujours en contact avec tout ce qui touche à la montagne dans notre région. Il fut donc un des premiers à comprendre l’enjeu de ce retour. Dès les premiers frémissements  d’annonce dans le milieu de la montagne, il décida avec sa femme de partir à la rencontre du loup. Son livre est un merveilleux témoignage de la première époque du retour du loup, dès 1993. Il est parmi les premiers amoureux de la montagne du Mercantour à rencontrer le loup avec passion. Il comprend également les enjeux avec les bergers puisqu’il aime le Mercantour dans toutes ses composantes. Il aborde réellement et sans détour les questions que pose le retour du loup. Il aborde notamment la question qui a tourné dans le milieu pastoral: et si le loup avait été réintroduit artificiellement dans le Mercantour ? La réponse de Michel Bricola fait le tour de la question. A  ma connaissance, aucun document ne présente avec autant de passion et de sérieux ce retour du loup.

Trois jours à cache-cache avec le Loup

Tende, point de départ, sur la piste du loup

Comme je le disais en introduction de ce billet, le loup est un prétexte a une belle promenade. Étant amateur de balade zéro-footprint, c’est à dire sans impact sur l’environnement, j’avais décidé un parcours de Tende au Boréon dans la partie Est du Parc du Mercantour et cela en partant à pied de chez moi. Depuis la gare de Mouans-Sartoux puis de Nice je me suis retrouvé dans le train des Merveilles, sur la merveilleuse ligne ferroviaire de la Roya. Dans ce train, une personne, payée par le Conseil Régional et Général, commente les prouesses techniques de cette ligne ainsi que les richesses du patrimoine local.

L’itinéraire fût donc le suivant.

Premier jour, de la gare de Tende à la Minière de Vallaura, par le chemin de Vallaure, une longue marche qui me fait passer de la vallée de la Roya à 800m d’altitude à la moyenne montagne du Val des Merveilles et ses 1500m d’altitude. Le passage de ce bourg de vallée aux premiers alpages me permet d’admirer l’étage pré-alpin qu’il est encore doux d’habiter sur les versants bien ensoleillés comme au quartier des Speggi au dessus de Tende.

A la Baisse de VallauretteLe deuxième jour, me fait parcourir un long trajet depuis la  Minière de Vallaura jusqu’au refuge de Nice, par la Baisse de Vallaurette, 2279m, la Baisse de Fontanalbe 2568m puis pour finir la Baisse du Basto 2693m et la descente vers le refuge à 2239m d’altitude. Vu en chemin une biche, de grasses vaches certainement de la vacherie de Fontanalbe, des chamois, quelques humains mais pas de loup.Baisse de Fontanalbe J’avais peu de chance de croiser un loup en plein jour même si le parcours était quasi désertique en cette période de fin Septembre. Sur l’ensemble de la journée, j’ai croisé le berger ou plutôt vu de loin le berger qui surveillait les vaches en montant à la baisse de Vallaurette puis plus personne pendant près de deux heures, puis deux couples à la montée de la baisse de Fontanalbe lorsque pour ma part, je la descendais. C’est normal la vallée de la Valmasque est plus fréquentée. Puis encore plus personne pendant près de 3 heures en montant à la Baisse du Basto et redescendant au Lac Niré. Je croisais à nouveau quelques personnes en m’approchant du refuge de Nice. Le loup aurait pu être par là, quelque part autour de la sauvage Baisse du Basto, même si elle se trouve sur le fréquenté GR52. Baisse du BastoCependant avec le loup, il n’est pas uniquement question de sauvagerie car quand il a besoin, il s’approche des hommes mais sans se faire voir à la nuit ou au petit matin.
Troisième jour, départ au petit matin vers 7h30 pour faire la traversée Gordoloasque, Madone de Fenestre, Boréon par le pas du Mont Colomb et le pas des Ladres. En montant vers le pas du Mont Colomb, vers 8h, c’est sauvage, il y a des chamois qui traversent dans le décor minéral. Je prends une photo du caractéristique petit gendarme du pas du Mont Colomb et du très élancé Cayre Colomb. Me voilà donc au pas du Mont Colomb entre Gordolasque et Fenestre, la vue est magnifique de chaque côté et il n’y a pas un chat, ni même un loup.

pas du mont colombLa descente qui suit passe en revue les sommets les plus élégants du secteur dont le Mont Ponset qui présente une face nord à l’aspect très chamoniard, le Cayre Barel, le grand Cayre de la Madone et sa fenêtre à travers laquelle la madone (la vierge) serait apparue ce qui explique le nom de ce vallon, puis le petit Cayre de la Madone. Il est temps de couper à travers la prairie de Fenestre pour attaquer la montée vers le pas des Ladres dernière ascension de ma virée. La descente vers le vallon du Boréon se fait en passant sur la berge du ravissant lac de Trécolpas. Mon périple prenait fin au lieu dit des Vacheries du Boréon. De là, il est possible de prendre un bus qui vous ramène à Saint-Martin de Vésubie puis une correspondance vers Nice.

pas du mont colomb au centre, le petit gendarme caractéristique puis la belle ogive du cayre colomb (2702 m) parcouru par une belle voie d'escalade en son centre dite voie Dufour

pas du mont colomb au centre, le petit gendarme caractéristique puis la belle ogive du cayre colomb (2702 m) parcouru par une belle voie d’escalade en son centre dite voie Dufour

Avant d'arriver aux vacheries du Boréon, on emprunte le pont de Péïrastrèche

Avant d’arriver aux vacheries du Boréon, on emprunte le pont de Péïrastrèche

Le Bestiaire

Voici quelques photos prises durant cette balade. Elles sont représentatives de la faune du Parc du Mercantour. Il manque le mouflon, mais il me semble que la population de mouflon décroit actuellement dans le Mercantour.

bouquetin

chamois

Bon, me dites-vous, et alors ces photos du loup. Et bien oui comme le pêcheur qui, rentré bredouille, fait un détour par la poissonnerie, je me suis rabattu sur le parc des loups du Mercantour. C’est donc là que j’ai pris des photos de notre loup du Mercantour.

Photos du Loup

Voici enfin deux photos du loup. Vous noterez quelques différences avec le grand loup gris dans sa fourrure d’hiver, la photo du début de ce billet. Notre loup italien du Mercantour semble plus fin, cependant les photos ci-dessous sont prises à la fin de l’été quand le poil est encore court et n’a pas pris l’ampleur qu’il aura en hiver.

deux loups du parc des loups du Mercantour à Saint Martin de Vésubie

un loup du parc des loups du Mercantour

Du fin fond du Mercantour, la cime du Gélas 3140m et sa petite moustache vous salue bien.

Cime du Gélas 3143 m

Cime du Gélas 3143 m

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4 commentaires pour Y-a-t-il encore des Loups en France ?

  1. bensac dit :

    Jai 13 ans et jai une enorme passion pour les loup jetudie son corp comment il fait avec le froid. Si je pourrait en voir un se serait le plus beau moment de ma vie voila je vous souhaite une bonne annee

  2. Jacques dit :

    Une petite suite à cet article si l’on s’intéresse au loup, en France, entre 1900 et son « retour » de 1992, voir ici : http://www.rdbrmc-travaux.com/loup/spip.php?article270

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